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5 juin 2018

Résultats du Canadian Child Safety Report Card

Les provinces qui se sont dotées de solides  politiques de prévention des blessures reposant sur des données probantes affichent des taux moindres d’hospitalisations et de décès attribuables à des causes liées au trafic routier chez les enfants et les jeunes.    


Par Liraz Fridman, chercheuse au niveau postdoctoral, Hospital for Sick Children/Alberta Children’s Hospital Research Institute

En 2012, l’European Child Safety Alliance(http://www.childsafetyeurope.org) a publié des rapports comparatifs qui examinaient le fardeau que représentent les blessures au fil du temps dans 31 pays européens (http://www.childsafetyeurope.org/reportcards/index.html). Au  Canada, il n’existait aucun rapport de ce type qui étudie les tendances concernant les blessures chez les enfants au fil du temps et qui les rattache aux pratiques exemplaires fondées sur des données probantes.

Des chercheurs de l’Université York et de l'Université de la Colombie-Britannique en collaboration avec le Canadian Collaborating Centres for Injury Prevention (CCCIP) et Parachute Canada souhaitaient examiner s’il y avait ou non des différences entres les provinces concernant le nombre  d’hospitalisations et de décès attribuables à des causes liées au trafic routier chez les enfants et les jeunes, qu'ils soient passagers de véhicules, piétons ou cyclistes. Nous voulions également déterminer quelles politiques et lois avaient été mises en oeuvre dans l’ensemble du pays, notamment en ce qui concerne les distractions au volant, les sièges d’appoint, les casques de vélo, les permis de conduire progressifs et la sécurité des piétons. En mars 2018, la ressource  Canadian Child Safety Report Card a été publiée dans la revue Injury Prevention. Il s’agit du premier rapport interprovincial qui établit le classement des provinces canadiennes en fonction de certains indicateurs sur les blessures chez les enfants et les jeunes, notamment les hospitalisations, les décès et les politiques de sécurité fondées sur des données probantes (Fridman et coll., 2018).

Bien que les politiques sur la sécurité routière ne sont pas les mêmes partout au Canada,certaines d’entre elles commencent à être uniformisées d’une province à l’autre. À titre d’exemple, il existe une loi sur les sièges d’appoint dans toutes les  provinces, à l’exception de l’Alberta. Notre bulletin Canadian Child Safety Report Card classe  ces lois sur les sièges d’appoint en fonction des éléments suivants : inclusion ou non de stipulations concernant l’âge, le poids et la taille, sensibilisation du public, programmes incitatifs, pénalité en cas de non-conformité et responsabilité des conducteurs. L’Ontario, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard ont obtenu les meilleurs résultats, mais, en règle générale, le  Canada s’en tire assez bien en ce qui concerne l’obligation d’utiliser des sièges d'auto pour les  enfants de moins de neuf ans. Notre étude indique également qu’il y a eu une diminution  de l’ordre de 40 pour cent des hospitalisations des passagers au fil du temps. Ceci démontre que les solides politiques reposant sur des données probantes peuvent contribuer à la réduction des blessures attribuables au trafic routier chez les passagers enfants. 

Sécurité des piétons - conclusions

Nous avons constaté que les hospitalisations attribuables à des causes liées au trafic routier avaient diminué au Canada dans une proportion d’un tiers durant la période de l’étude (2006-2012). Il s’agit d’une bonne nouvelle. Il faut toutefois ajouter que si toutes les causes secondaires indiquent une diminution au fil du temps, la plus faible diminution concerne les blessures subies par les piétons.

Par le passé, les études ont révélé que les enfants piétons étaient sept fois plus à risque d’être hospitalisés pour des blessures subies dans des quartiers qui ont une limite de vitesse moyenne de  50 km à l’heure comparativement à d’autres quartiers où la limite de vitesse est de 30 km à l’heure (Desapriya et coll., 2011). S'il existe un lien entre les limites de vitesse plus basses et la réduction du nombre de blessures, il n’empêche que des différences subsistent encore dans l’ensemble du Canada en ce qui a trait aux lois sur la sécurité des piétons.

Notre étude a évalué la qualité des lois sur la sécurité des piétons en examinant quelles étaient les stipulations requises dans chaque province, notamment les limites de vitesse dans les zones résidentielles et scolaires, les amendes doublées dans les zones résidentielles et scolaires, et les dispositions concernant les  zones uniquement réservées aux pétions, qui sont les portions des routes réservées exclusivement à l’usage des piétons.

À l’échelle provinciale, cette loi a été difficile à évaluer étant donné que des différences existent généralement entre les municipalités. Au vu de l’importance de la vitesse en tant que facteur de risque pour les blessures chez les enfants, nous avons accordé un meilleur classement  aux provinces lorsque leurs lois sur la sécurité des piétons incluaient des limites de vitesse de moins de 50 km à l’heure dans les zones résidentielles et scolaires. L’Ontario est la seule province qui a obtenu la mention  « excellent » pour ses  lois sur la sécurité des piétons.

Toronto, la plus importante ville de l’Ontario, compte 22 pour cent de la population de la  province. Les piétons constituent la priorité du plan de sécurité routière Vision Zéro de Toronto. Une des principales mesures de sécurité reprises dans le plan est la réduction des limites de vitesse sur les routes. Les politiques concernant la sécurité des piétons devraient inclure la conception de voies plus sécuritaires menant aux écoles, ce qui peut impliquer des modifications  à l'environnement bâti comme la conception des trottoirs et la modération de la circulation.

Nous savons que les blessures représentent un problème à facteurs multiples, mais également que les politiques fondées sur des données probantes visant à réduire les blessures chez les enfants attribuables à des causes liées au trafic routier ont fait leurs preuves. À titre d’exemple, un examen systématique de la base de données Cochrane a permis de conclure que les  programmes rigoureux sur les permis de conduire progressifs ont donné lieu à une diminution plus importante des décès attribuables aux accidents de la route chez les jeunes conducteurs (Russell et coll., 2011). Étant donné qu’il y a encore des incohérences concernant les politiques sur le trafic routier dans l’ensemble du pays, particulièrement des incohérences qui visent les enfants piétons qui constituent un groupe d’usagers de la route vulnérables, nous croyons que les efforts futurs de prévention devraient accorder une attention particulière à l’harmonisation des politiques fondées sur des données probantes qui tiennent compte des pratiques exemplaires au Canada.

Durant notre étude, nous nous sommes heurtés à une contrainte liée au fait que nous n'avons pas pu tenir compte des facteurs contextuels autres que ceux liés aux politiques et aux lois pouvant avoir eu une incidence sur les taux provinciaux de blessures au fil du temps comme la densité de la population, la composition démographique, l’accès aux soins de santé et les changements relatifs à l'environnement bâti. Nous avons toutefois constaté que, d’une manière générale, les provinces qui se sont dotées de certaines  politiques solides de prévention des blessures reposant sur des données probantes affichaient également des taux moins élevés d’hospitalisations et de décès attribuables à des causes liées au trafic routier chez les enfants et les jeunes.

Les blessures liées au transport chez les enfants et les jeunes ont diminué au Canada au fil du temps, mais des différences subsistent entre les provinces en ce qui a trait aux politiques et aux lois sur la sécurité routière. Uniformiser les pratiques exemplaires, notamment en réduisant les limites de vitesse pour faire diminuer le risque de blessures chez les piétons et les cyclistes constitue un pas en avant vers la mise en place d’un environnement routier plus sûr.

 

Références

Desapriya E, Sones M, Ramanzin T, et coll. Injury prevention in child death review: child

pedestrian fatalities. Inj Prev 2011;17 Suppl 1:i4–i9. Accessible à : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21278097

Fridman L, Fraser-Thomas JL, Pike I, et coll. Canadian Child Safety Report Card: a comparison of injury prevention practices across provinces. Inj Prev 2018; 0 1-6. doi: 10.1136/injuryprev-2018-042745. Accessible à : http://injuryprevention.bmj.com/content/early/2018/03/27/injuryprev-2018-042745.info

Russell K, Vandermeer B, Hartling L. Graduated driver licensing for reducing motor vehicle crashes among young drivers (examens systématiques de la base de données Cochrane). 2011 (10). Accessible à: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21975738